CV suisse : photo, permis, longueur, certificats de travail

Avant de l'envoyer
Un CV suisse est un tableau d'une à trois pages, l'emploi le plus récent en premier, avec des informations que les guides américains et britanniques vous disent d'omettre, comme la date de naissance et la nationalité, mais aussi votre permis de séjour et, souvent, une photo. On ne l'envoie jamais seul. Derrière lui viennent les copies de vos certificats de travail et de vos diplômes, envoyées avec lui en PDF.
Ce dernier point, la plupart des guides pour expatriés l'oublient, et il pèse plus lourd que la mise en page. Un employeur suisse lit le CV, puis le compare à ce que vos anciens employeurs ont écrit sur vous. Nous passons ici chaque partie en revue telle que la décrivent le service public de l'emploi, deux hautes écoles zurichoises, le canton de Bâle-Ville et le réseau européen de l'emploi EURES, y compris là où ils ne sont pas d'accord.
À quoi ressemble un CV suisse ?
Un CV suisse est un tableau clair : vos coordonnées et données personnelles en haut, puis l'expérience professionnelle et la formation dans l'ordre chronologique inverse, ensuite les langues, les connaissances particulières, les centres d'intérêt et une ligne sur les références. Le service public de l'emploi, arbeit.swiss, géré par le Secrétariat d'État à l'économie (SECO), donne cet ordre et demande un CV « complet, clair et soigné », sans lacunes dans votre parcours.
Le CV fait partie d'un ensemble que l'on appelle en Suisse le dossier de candidature. Le portail national de l'orientation, orientation.ch, cite trois éléments pour un dossier classique : la lettre de motivation, le CV, et les certificats de travail et diplômes. Le guide pour un dossier numérique (en allemand, octobre 2024) de l'orientation professionnelle de Bâle-Ville va jusqu'à fixer l'ordre des pièces jointes de l'e-mail : lettre de motivation, CV, certificats de travail, puis diplômes et formations continues.

Dans ce cadre, vous avez de la marge. Bâle-Ville vous laisse le choix des couleurs et de la police, et d'autres mises en page conviennent aussi. Là où les guides s'accordent, c'est sur le contenu du bloc du haut, et c'est justement là qu'un CV suisse s'écarte le plus de ce que vous connaissez peut-être.
Données personnelles : date de naissance, nationalité et permis
Placez en haut votre date de naissance, votre nationalité et, si vous n'êtes pas suisse, votre type de permis. Les Career Services de la Haute école zurichoise de sciences appliquées (ZHAW, en allemand) écrivent que la date de naissance est attendue en Suisse et que les candidats étrangers doivent indiquer leur statut de séjour, par exemple un permis B ou C. Les Career Services de l'Université de Zurich (UZH, en anglais) demandent la date et le lieu de naissance ainsi que la nationalité, et précisent que les personnes étrangères mentionnent leur permis L, B ou C.
La ligne du permis dit à l'employeur, en une lettre, s'il peut vous engager sans démarches supplémentaires. Pour les ressortissants de l'UE et de l'AELE, le Secrétariat d'État aux migrations (SEM) énumère les permis : L pour une autorisation de courte durée, B pour une autorisation de séjour, C pour une autorisation d'établissement et G pour les frontaliers. Pour toutes les autres personnes, l'enjeu est plus grand : selon le SEM, l'employeur qui veut engager une personne hors UE et AELE doit démontrer qu'il n'a pas pu recruter le personnel nécessaire sur le marché suisse du travail ni dans les États de l'UE ou de l'AELE. Si vous n'avez pas encore de permis suisse, c'est votre nationalité qui répond à la question : vérifiez qu'elle figure bien sur le CV.
L'état civil et les enfants sont facultatifs. La ZHAW les dit facultatifs mais encore courants, l'UZH les classe comme optionnels, et la brochure ORP du SECO (Le dossier de candidature, 2018) mentionne encore l'état civil, le nombre et l'âge des enfants et, pour les Suisses, le lieu d'origine. Notre avis : laissez de côté la situation familiale, sauf si vous voyez une raison de l'indiquer. La loi ne permet à l'employeur de traiter que les données qui portent sur vos aptitudes à occuper le poste, comme nous l'expliquons dans notre guide sur l'entretien d'embauche en Suisse. Deux choses n'ont rien à faire sur la page, selon la ZHAW : un diagnostic médical et une signature. Un CV suisse ne se signe pas, et une date en bas de page n'est pas nécessaire.
La photo : attendue, facultative ou seulement sur demande ?
Sur la photo, les guides officiels ne sont pas d'accord. La ZHAW écrit qu'une photo n'est pas une obligation légale, mais qu'elle est très courante et attendue, et conseille de passer chez un photographe professionnel. Bâle-Ville recommande une photo récente prise en studio. L'UZH la dit facultative, sauf si l'annonce en demande une. La brochure ORP du SECO de 2018 prévoit une photo seulement si l'annonce la demande.
Même arbeit.swiss varie selon la langue. Sa page française demande des « données personnelles avec photo vous mettant en valeur ». La version allemande de la même page écrit « Persönliche Daten, gegebenenfalls mit Bewerbungsfoto », soit des données personnelles avec une photo le cas échéant.
Décidez donc selon l'employeur. Si l'annonce demande une photo, joignez-en une. Pour une banque ou une entreprise suisse traditionnelle, une bonne photo est le choix le plus sûr, et la ZHAW prévient qu'une candidature sans photo peut paraître incomplète. Dans une start-up, elle compte moins, selon la ZHAW, et si un formulaire en ligne demande un CV à l'américaine, laissez-la de côté. Si vous en mettez une, suivez les consignes de l'UZH : tête et épaules, fond neutre, air naturel et soigné, photo datant de deux ans au plus, pas de photo prise au téléphone. Mieux vaut pas de photo qu'une mauvaise photo.
Quelle longueur pour un CV suisse ?
Tous les guides acceptent deux pages ; trois, c'est un grand maximum. Les chiffres varient selon la source, comme le montre le graphique. arbeit.swiss dit trois pages au plus. L'UZH parle de deux à trois. La ZHAW compte une à deux pages, et jusqu'à trois seulement pour une longue carrière ou un parcours académique comme un doctorat. Bâle-Ville et la page EURES sur la Suisse fixent toutes deux le maximum à deux pages A4.

Comparez avec les États-Unis : selon la page de l'UZH sur les candidatures en anglais (en anglais), un CV américain tient sur une page au plus. La place supplémentaire sert aux faits, pas à se vendre : un CV suisse est un tableau de dates, de fonctions, de lieux et de niveaux. Si le vôtre fait trois pages alors que vous avez moins de dix ans d'expérience, réduisez les anciens postes à une ligne chacun.
Ordre, dates et petits détails suisses
Classez tout du plus récent au plus ancien, avec le mois et l'année à gauche. arbeit.swiss veut l'emploi le plus récent en premier ; l'ancienne brochure ORP du SECO sur les candidatures (en anglais, 2009) ajoute que les dates se placent à gauche, avec le mois et l'année mais sans le jour, par exemple 05.2009 à 11.2009. arbeit.swiss demande d'éviter les lacunes dans le parcours, et l'UZH vous conseille d'être prêt à expliquer celles que vous avez. Mieux encore, expliquez la lacune en quelques mots sur le CV : la ZHAW propose des mentions comme recherche d'emploi active avec formation continue, congé sabbatique, congé parental ou pause pour raisons de santé, sans le diagnostic.
Si vous venez de terminer vos études, placez la formation avant l'expérience. La ZHAW comme l'UZH le conseillent quand votre diplôme est votre principal atout.
Quelques détails montrent qu'un CV a été écrit pour la Suisse. Indiquez vos langues avec les niveaux européens A1 à C2, la langue maternelle en premier, comme le conseille la ZHAW. Si vous citez des notes, expliquez l'échelle : les notes suisses vont de 1 à 6, 6 étant la meilleure, à l'inverse de l'Allemagne ; la ZHAW suggère donc d'écrire une note sous la forme « 5,5 / 6,0 ». Si vous rédigez en allemand, écrivez « ss » et jamais « ß », que l'orthographe suisse n'utilise pas. Enfin, citez deux ou trois centres d'intérêt précis plutôt que « lecture » : la ZHAW et Bâle-Ville demandent tous deux du concret, comme jouer du piano dans une association ou un sujet qui vous intéresse en ce moment.
Pour un diplôme étranger, EURES conseille d'indiquer à quel titre suisse il correspond. Pour une profession réglementée, vérifiez sur reconnaissance.swiss si votre diplôme doit être formellement reconnu avant que vous puissiez travailler.
Références : « sur demande », pas de noms
N'inscrivez pas vos personnes de référence sur le CV. La ZHAW conseille une rubrique « Références » à la fin, avec la mention « auf Anfrage » (sur demande) à la place des noms. L'UZH propose une phrase indiquant que les références seront fournies sur demande, et précise qu'en règle générale on les transmet plus tard, quand on vous les demande. arbeit.swiss dit la même chose et ajoute que vous pouvez remettre une liste séparée des personnes de référence lors de l'entretien d'embauche. La brochure ORP de 2018 va plus loin : des références seulement si l'annonce en demande.
Préparez cette liste avant de postuler. Selon la page de l'UZH sur les annexes (en anglais), elle compte en général deux personnes, avec nom, titre, organisation, adresse professionnelle, téléphone et e-mail, dans la même présentation que le reste du dossier, et vous devez demander d'abord l'accord de chaque personne et lui parler du poste. Choisissez d'anciens supérieurs qui peuvent parler de votre travail. Comment un employeur peut les contacter, et pourquoi il lui faut votre accord, nous l'expliquons dans notre guide de l'entretien d'embauche.
Certificats de travail : ce que les guides étrangers oublient
Derrière votre CV viennent les copies de tous vos certificats de travail, le plus récent en premier, sans lacune. C'est la plus grande différence avec une candidature américaine ou britannique. Un certificat de travail suisse est une appréciation écrite que délivre votre employeur, et les employeurs s'attendent à en voir un pour chaque poste de votre CV. La ZHAW écrit qu'ils pèsent extrêmement lourd en Suisse et qu'ils doivent figurer dans le dossier.
La loi vous y donne droit. La FAQ du SECO sur le certificat de travail explique qu'en vertu de l'article 330a du Code des obligations, vous pouvez demander un certificat en tout temps à votre employeur : pendant l'emploi comme certificat intermédiaire, ou à la fin comme certificat final. Un certificat complet porte sur la nature et la durée des rapports de travail, ainsi que sur la qualité de votre travail et votre conduite. Si vous préférez, vous pouvez demander une simple attestation de travail, limitée à la nature et à la durée de l'emploi, sans appréciation. Le certificat doit être conforme à la vérité, et les formulations ambiguës sont proscrites.

La manière de les envoyer est précisée aussi. arbeit.swiss demande tous les certificats, sans exception, dans l'ordre chronologique avec le plus récent en premier, réunis dans un seul PDF, et la même chose pour les diplômes. Bâle-Ville conseille de les scanner en couleur et, si vous en avez beaucoup, de ne joindre que ceux des cinq à dix dernières années. La brochure du SECO de 2009 dit de ne jamais envoyer d'originaux, et que les copies n'ont pas besoin d'être certifiées conformes.
Si vous venez d'un pays où les employeurs ne rédigent pas de tels certificats, vous ne pouvez pas fournir ce qui n'existe pas. Dans ce cas, à votre place, nous enverrions ce que vous avez : des lettres de recommandation, une attestation d'emploi des ressources humaines ou quelques lignes d'un ancien supérieur, dans une langue nationale ou en anglais. La page Dual Career de l'Université de Zurich (en anglais) rappelle que les documents de candidature doivent être en allemand, en français ou en italien, et que certaines entreprises internationales acceptent aussi l'anglais. Et demandez dès maintenant un certificat intermédiaire dans votre emploi actuel, pour que votre prochaine candidature n'ait pas de lacune.
CV suisse, américain ou britannique : les différences
Les principales différences tiennent aux données personnelles, à la photo et aux annexes. Le tableau met les sources côte à côte.
| Élément | Suisse | CV américain | CV britannique |
|---|---|---|---|
| Date de naissance, nationalité | Indiquées | Omises | Omises |
| Photo | Selon le guide | Sur demande | Non mentionnée |
| Longueur | 2 ou 3 pages au plus | 1 page | Pas de limite indiquée |
| Certificats de travail | Copies jointes | Non utilisés | Non utilisés |
Pour le Royaume-Uni, le National Careers Service du gouvernement dit de ne pas indiquer votre âge, votre date de naissance, votre situation de famille ni votre nationalité, et propose la mention « references available on request », comme les guides suisses. Pour les États-Unis, l'UZH résume les règles du CV américain : pas de photo sauf demande expresse, ni date de naissance, ni nationalité, ni sexe, ni état civil, une page au plus et pas de références à la première étape. Derrière la règle de la photo, il y a la pratique américaine contre la discrimination : la Commission pour l'égalité des chances en matière d'emploi (EEOC) indique que les employeurs ne devraient pas demander de photo aux candidats.
Et si un employeur suisse veut votre candidature en anglais ? L'UZH fait une distinction nette : une candidature en anglais pour un poste en Suisse peut être une simple traduction de la version allemande, avec le contenu suisse, alors qu'une candidature dans un pays anglophone suit les règles de ce pays. Une banque zurichoise qui demande l'anglais reçoit donc quand même un CV suisse.
Envoyer le dossier
Envoyez des PDF aux noms clairs, depuis une adresse e-mail qui contient votre nom. C'est exactement ce que demande arbeit.swiss. La ZHAW propose de nommer le fichier Lebenslauf_Vorname_Nachname.pdf, soit CV_Prenom_Nom.pdf en français. Bâle-Ville va encore plus loin et numérote les fichiers dans l'ordre où le lecteur doit les ouvrir ; un e-mail type compte ainsi quatre pièces jointes, ici avec les noms traduits :
- 1 Lettre de motivation Prenom Nom.pdf
- 2 CV Prenom Nom.pdf
- 3 Certificats de travail Prenom Nom.pdf
- 4 Formation et formation continue Prenom Nom.pdf
Bâle-Ville conseille aussi de vous envoyer d'abord l'e-mail, de le faire relire par quelqu'un d'autre et de l'expédier un jour de semaine, pendant les heures de bureau. Si l'employeur utilise un formulaire en ligne, suivez ses champs de téléchargement : les pièces sont les mêmes, seules les cases changent.
Avant de postuler
Commencez par les papiers, pas par la mise en page. Rassemblez un certificat de travail pour chaque emploi que vous citez, demandez un certificat intermédiaire à votre employeur actuel et scannez vos diplômes en couleur. Si un employeur suisse que vous avez quitté ne vous a jamais remis de certificat, écrivez-lui pour le demander, puisque la loi vous permet de le faire en tout temps. Ensuite seulement, rédigez le CV, et décidez de la photo employeur par employeur, pas une fois pour toutes.
Relisez une dernière fois votre CV en le comparant à vos certificats. Si une date, un intitulé de poste ou une tâche ne correspond pas à ce qu'a écrit votre employeur, un lecteur suisse le remarquera, et c'est le certificat qu'il croira.
Questions fréquentes
- Puis-je demander un certificat de travail intermédiaire avant de démissionner ?
- Oui. Selon la FAQ du SECO sur le droit du travail, vous pouvez demander un certificat en tout temps, donc aussi un certificat intermédiaire tant que vous êtes en poste. Vous postulez ainsi sans laisser de trou dans votre dossier pour l'emploi que vous occupez aujourd'hui.
- Quelle photo mettre sur un CV en Suisse ?
- Les Career Services de l'Université de Zurich demandent un portrait tête et épaules sur fond neutre, de 4,5 x 6,5 cm à 6 x 9 cm sur la page, vieux de deux ans au plus. Pas de photo prise au téléphone ni de photo de vacances. Si vous ne ressemblez plus à votre photo, faites-en faire une nouvelle.
- Faut-il joindre son certificat de maturité à une candidature ?
- En général non, dès que vous avez un diplôme ou une qualification professionnelle. Les Career Services de l'Université de Zurich le classent parmi les documents non obligatoires. La brochure ORP du SECO de 2009 conseille de joindre les bulletins scolaires et les résultats des examens finaux surtout si vous postulez juste après votre formation ou vos études.
- Le CV est-il différent en Suisse romande ou au Tessin ?
- Pas sur le fond. La brochure ORP du SECO en français demande les mêmes données personnelles et les mêmes copies de certificats de travail et de diplômes que les guides alémaniques. Ce qui change, c'est la langue : écrivez dans la langue de l'annonce. L'Université de Zurich précise que les documents doivent être en allemand, en français ou en italien, et que certaines entreprises internationales acceptent aussi l'anglais.
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